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Questions clés
- Comment mesurer les discriminations ?

- Faut-il des statistiques "ethniques" ?

- Quelle est la différence entre inégalité sociale et discrimination ?

Comment mesurer les discriminations ?



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Les discriminations sont à l’origine de nombreuses inégalités. Encore faut-il pouvoir les détecter. Différentes techniques existent mais aucune ne permet de les pointer avec exactitude.


Selon la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité (Halde), une discrimination est "un traitement moins favorable subi par une personne par rapport à une autre dans une situation comparable, en raison de critères prohibés par la loi", comme le sexe ou la couleur de la peau.

Il existe deux techniques principales pour les détecter :

- Mesurer des écarts entre des populations :

Certaines inégalités entre des catégories de la population fournissent des présomptions de discrimination.

L’écart de salaire entre les hommes et les femmes peut s’expliquer parce que les femmes ne disposent pas des mêmes diplômes ou qu’elles ne travaillent pas dans les mêmes secteurs par exemple, mais aussi par des discriminations pures et simples, qui se dévoilent une fois que l’on a mis de côté tous les autres facteurs (voir l’entretien avec Sophie Ponthieux et Dominique Meurs). Au passage, il ne faut pas oublier que les diplômes ou les secteurs d’activités peuvent eux-mêmes résulter de discriminations...

De même, l’écart entre le taux de chômage des immigrés ou de leurs descendants, et celui du reste des actifs, s’explique en partie par les parcours scolaires (voir l’article sur les élèves d’origine étrangère). Mais son niveau est tel, pour certaines catégories de personnes d’origine étrangère, que l’on a de bonnes raisons de penser qu’il existe une discrimination liée à l’origine (voir les articles sur l’emploi des immigrés et de leurs descendants et chômage et nationalité).

- Le test de situation ou "testing" :

Le test de situation aussi appelé "testing" est une méthode empirique de détection des discriminations. Cela consiste à comparer deux types de candidats en tous points identiques à une exception près, la caractéristique testée (par exemple l’origine, le lieu d’habitation, la consonance des nom et prénom, etc.), soumis au même processus de sélection (embauche, entrée en boite de nuit, recherche de logement, etc.). Dès lors qu’il y a un résultat plus favorable pour l’un que pour l’autre, alors on peut conclure qu’il y a discrimination (voir l’article sur les discriminations à l’embauche des jeunes d’origine immigrée).

Outre son faible coût de mise en œuvre, l’avantage de cette technique réside dans le contrôle complet des caractéristiques des deux types de candidats pour être sûr de saisir la cause d’un traitement différencié. Dans la réalité, il y a peu de chance en effet de retrouver au même moment et au même endroit ces deux individus.

La limite de cette démarche est que le testing ne permet pas de connaître l’ampleur réelle des discriminations afin d’effectuer des comparaisons entre les pays et les époques. Comme un sondage d’opinion, le "testing" n’est valable qu’au moment de sa réalisation. Il ne peut pas être généralisé au niveau national car il n’est pas représentatif de l’ensemble de la population. A ce titre, le testing ne peut devenir un dispositif complet de veille statistique systématique (voir l’analyse de Gwénaële Calvès).

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