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De la discrimination statistique à la discrimination positive



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La discrimination statistique consiste à rejeter un individu en raison de défauts qui correspondraient à ceux prêtés actuellement à son groupe d’appartenance. Elle est essentielle aux statisticiens pour écarter les éléments qui n’apparaîtraient pas représentatifs pour une mesure des discriminations. Maxime Parodi (sociologue à l’OFCE) s’interroge sur le statut d’une telle pratique. Article extrait de la revue de l’OFCE, n° 112, janvier 2010.


La discrimination statistique consiste à rejeter un individu en raison de défauts qu’on lui prête parce que les membres de son groupe d’appartenance sont supposés – à tort ou à raison – avoir souvent ces défauts. Contrairement à la discrimination négative, il ne s’agit donc pas de rejeter purement et simplement quelqu’un en raison de son appartenance. Le rejet est motivé par un raisonnement conduisant à penser que tel candidat n’est probablement pas le meilleur possible. Mais la frontière entre discrimination statistique et discrimination négative peut sembler ténue. Elle dépend essentiellement de l’objectivité et de l’impartialité du raisonnement en cause. Peut-on dire alors que la discrimination statistique est rationnelle ? Ou, plus radicalement encore, peut-on parler ici sans autre forme de procès d’une « discrimination rationnelle » ? Même entendu au sens étroit de la théorie dite du choix rationnel, cette qualification apparaît hâtive. Loin d’être toujours déjà acquise, la rationalité de la discrimination statistique devrait être au contraire l’objet d’une délibération sérieuse dans des circonstances données – au risque, sinon, de rationaliser à tort et à travers des discriminations négatives.

Pour s’en rendre compte, il faut commencer par rappeler le raisonnement probabiliste en sa rigueur de manière à circonscrire l’argument central de la discrimination statistique en ne lui prêtant ni trop, ni trop peu. En effet, la raison probabiliste ne peut justifier à elle seule la discrimination statistique car le débat porte sur la rationalité de l’action alors que la probabilité porte uniquement sur le degré de croyance. Il faut justifier le passage de la croyance à l’action – et ce n’est pas une mince affaire. C’est dire que la discrimination statistique ne saurait être jugée rationnelle du seul fait qu’elle s’appuie sur un bout de raisonnement probabiliste, même lorsque ce bout est valide. Il est impératif de considérer l’ensemble du raisonnement et d’en interroger la pertinence. Enfin, au-delà même de l’efficacité ou de la rationalité supposée de la discrimination statistique, il faut encore s’interroger sur la moralité de cette pratique. Nous verrons alors que les arguments probabilistes qui justifiaient la discrimination statistique peuvent à l’inverse ouvrir la voie à une forme de discrimination positive.

L’intégralité de l’étude de Maxime Parodi, OFCE, Centre de recherche en économie de Sciences-Po, revue de l’OFCE, n° 112, janvier 2010, est disponible en cliquant sur le lien ci-dessous.

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De la discrimination statistique a la discrimination positive

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